Art_51 / Menagh

Certains artistes pensent en série, d’autres ont une approche plus séquentielle. Gabriel Tapia appartient à la seconde catégorie. Il mâche, régurgite... remâche, régurgite de plus belle. Au TAMAT, en 2016, il concrétisait une première phase de travail. Au POK, en 2018, il y donne suite. Les œuvres évoluent, les préoccupations restent les mêmes. Au cœur du projet, le conflit armé, ses espaces ou plutôt ses territoires occupés.

Tout part d’un constat : depuis la fin de la guerre froide, la partition mondiale et les procurations subsistent. L’OTAN et la Fédération de Russie continuent leur macabre sarabande. Leurs reines, les bases aériennes ; leurs pions, les aéronefs en tout genre. De Ramstein à Manas, de Sebastopol à Smolensk, les drones décollent, accomplissent leurs basses besognes, rentrent au bercail sans même une égratignure : la guerre propre. A l’image des guêpes piégées de la vidéo projetée, les cadavres enchevêtrés, eux, s’amoncellent. La guerre propre on vous dit.

Dans ces objets picturaux aussi tout est intriqué. D’abord, les plans et les cartes. Celle de la Syrie, celles des bases de Ramstein, de Sebastopol, de Menagh, celle du siège de l’OTAN à Bruxelles (on l’avait presque oublié). Ces plans sont éclatés, fractionnés, partitionnés, reliés entre eux par de fins tubes d’aluminiums, soutenus par de modestes planches... un château de cartes prêt à s’écrouler pour se reconstruire de plus belle. On prend (presque) les mêmes et on recommence. Ensuite, les ombres portées et les projections. Les images se suivent et se chevauchent, interfèrent, se court-circuitent. La beauté froide des drones fait contrepoint aux bombardements qu’ils exécutent. L’œuvre déborde de son, de ses cadres, elle se mélange aux corps qui la toisent, aux yeux qui la scrutent.

Vous vous demandez peut-être pourquoi un tel intérêt pour la géopolitique, les affrontements et le chaos qu’ils induisent? Posons la question autrement: ne devrait-on pas tous s’y intéresser ?

Gabriel Tapia est peintre, anarchiste, belge d’origine équatorienne. Dans cet ordre là.

 

P. A.

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© 2023 par JEAN KANT / créé avec Wix.com

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