ART_51

 

TAMAT, Tournai

« Recherche 16 » / 30 sept.-31oct. 2016

 

 

            Avec « ART_51 »[1], l’artiste équatorien Gabriel Tapia propose une réflexion subtile et évolutive sur les lieux de pouvoir, la politique et l’esthétique, en se focalisant plus particulièrement sur trois localités emblématiques : le nouveau siège de l’OTAN à Bruxelles, la base aérienne de Ramstein située dans le district de Kaiserslautern en Allemagne, et la base navale de Sebastopol (côte occidentale de la Crimée). En ayant recours à différents outils contemporains – images satellites, photographies numériques – l’artiste a, dans un premier temps, choisi de procéder à une abstraction des plans d’implantation de ces trois zones militaires indépendantes. Ces Master Plan d’urbanisme, genèse symbolique de l’exposition, lui permirent dès lors de concevoir quatre « peintures-objets » construites selon l’agencement à la fois bidimensionnel et tridimensionnel de matériaux divers, dont la disposition générale entre en résonance directe avec la configuration topographique des lieux précités, mais également de l’espace architecturé du TAMAT.

 

Le placement de ces structures (à l’angle de deux murs, au sol ou sur les cimaises), de même que leur forme hybride, invite implicitement le visiteur à fournir une lecture active lui permettant ainsi de devenir acteur de l’espace, et par extension de l’œuvre. L’agencement de lignes dessinées, incisées ou engendrées par l’accrochage de fils tendus provoque également une sensation de dynamisme, exacerbée par de nombreux débordements. Une fois exposée à la lumière, ces lignes génèrent de nouvelles formes matérialisées par les ombres portées. En d’autres termes, ces structures s’ouvrent en permanence, par la réflexion et la captation, aux transformations extérieures, et créent une interaction constante avec leur environnement immédiat.

 

Vient s’ajouter à cet ensemble protéiforme une dernière réalisation, une installation pouvant être qualifiée d’immersive, aux dimensions plus conséquentes. Deux maillages superposés – le premier construit à l’aide de fils d’aluminium, le second de tubes plastiques – reprennent de nouveau les réseaux topographiques de Ramstein et Sebastopol, et emplissent l’espace principal. Le visiteur invité à déambuler dans cette salle presqu’entièrement occupée – un éclairage en contre–plongée projette également les formes sur le plafond – est comme symboliquement pris au piège de l’omniprésence des infrastructures militaires à la portée globale, dont ces deux complexes se veulent être l’exemple type.

 

À ce propos, il semble important de souligner ici l’engagement social de l’artiste, pour qui l’acte créateur est envisagé depuis toujours comme un vecteur pédagogique. Dans le sillage des grands penseurs du Constructivime, Gabriel Tapia est convaincu que l’éducation artistique des masses peut mener à une société plus unie, et surtout plus équilibrée. Ses œuvres, simples en apparence, font état d’un héritage formel et conceptuel assumé, et livrent une somme d’interrogations légitimes sur le maintien et le développement permanent d’institutions militaro-politiques telles que celles précédemment mentionnées, mais également sur le culte du secret qui les entoure, les structure et les caractérise.

 

 

Pierre Arese

 

[1] Référence non dissimulée à l’article 51 de la Charte des Nations-Unis « où est réaffirmé le droit naturel des États indépendants à la légitime défense, individuelle ou collective ». Cet article est à l’origine de la création de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). 

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